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  Ethnopharmacologia 33, mai 2004

EDITORIAL

Dans son "Que-sais ?" sur L'industrie pharmaceutique (1), Jean-Paul Juès consacre une section du quatrième chapitre aux procédures de découverte d'un principe actif, en se référant à une publication de Gilles Bouvenot et Evelyne Eschwège sur Le Médicament (2). Il y rappelle que la découverte des nouveaux médicaments est actuellement conduite dans quatre directions : le screening, la chasse aux secrets des sorciers et des guérisseurs, l'approche rationnelle, le hasard.

La chasse aux secrets des sorciers et des guérisseurs c'est ce à quoi beaucoup d'auteurs encore réduisent l'ethnopharmacologie. Jean-Paul Juès y range les "récoltes" particulièrement fructueuses et prometteuses…effectuées au faîte des arbres (la canopée). Ce qui n'est pas de l'ethnopharmacologie. Ce sont en général des ethnologues qui explorent les savoirs des sorciers et des guérisseurs. Mais très souvent ces savoirs se révèlent bien minces et peu prometteurs. Quant aux praticiens qui les détiennent, ils sont probablement moins "authentiques" que les sorciers, chamanes et autres guérisseurs du passé. Pourtant les journalistes sont très friands des histoires de sorciers détenteurs de grands secrets sur l'art de guérir, en raison de la vogue planétaire pour les médecines douces.

Les spécialistes, hélas trop peu nombreux, de l'histoire de la pharmacie savent depuis fort longtemps que les connaissances thérapeutiques de certaines populations ne sont pas originales. Il s'agit bien souvent d'emprunts faits à des médecines savantes plus anciennes. C'est le cas dans toute l'Asie (3). Même en présence de pratiques médicales qui paraîtraient propres à certaines ethnies, il serait imprudent d'affirmer leur originalité si l'on ne connaît pas bien l'histoire de la médecine et de la pharmacie dans les pays d'origine de ces ethnies ou les pays voisins.

Ces dernières années, les chercheurs qui ont choisi l'approche rationnelle pour découvrir de nouveaux agents thérapeutiques n'ont guère progressé et force est de constater un déclin de l'innovation thérapeutique. Comme l'indique Philippe Pignarre dans un ouvrage récent : "Au niveau mondial, la mise sur le marché de nouveaux médicaments (comportant au moins un principe actif nouveau) est en baisse régulière depuis 1975", passant de 33 en 1980 à 15 en 1990 (4) .

Heureusement, il reste le hasard


Guy Mazars, Président SEE
Jacques Fleurentin, Président SFE


(1) Juès J.P., L'industrie pharmaceutique, Paris, Presses Universitaires de France, 1998 (1ère édition), p.32-36 (Collection " Que-sais ? " n°3276).

(2) Bouvenot G. et Eschwège E., Le médicament, Paris, Cité des Sciences et de l'Industrie, Pocket, 1994 (Collection " Explora ").

(3) Voir à ce sujet l'étude de J. Filliozat, La médecine et la magie des Santals, Journal Asiatique, ééè, 1935, p. 277-284.

(4) Pignarre Ph., Le grand secret de l'industrie pharmaceutique, Paris, La Découverte, 2003.


 
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